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Nouvelles menaces sur les trains « Intercités »

ob_ad3dd8_menaces-sur-les-trains-intercitesMoins d’un an et demi après la suppression des trains Intercités Paris-Dieppe, la SNCF annonce vouloir supprimer 160 trains de jour sur environ 300, et 180 en comptant les trains de nuit.

Sur de nombreuses lignes, une réduction ou un transfert de trafic au réseau TER serait envisagé.

Or ce n’est pas pour rien que l’appellation officielle des trains Intercités, est « Trains d’équilibre du territoire » (TET). Ils transportent quelque 100.000 voyageurs par jour, vers des destinations trans-régionales. Certes ils sont vieillissants car l’État et la SNCF s’en sont désintéressés pendant des années ; l’âge moyen du parc était de 33,5 ans fin 2012, selon la Cour des comptes. La situation devenait tellement choquante qu’un renouvellement du matériel roulant a été annoncé par le gouvernement fin 2013, mais seule une première tranche a été confirmée, et l’on se préparerait aujourd’hui à les supprimer plutôt qu’à les moderniser (c’est moins cher). Problème: Ce serait catastroiphique pour les entreprises du secteur, qui s’alarment depuis plusieurs mois de baisses de commandes, qui menaceraient 15 000 emplois. cela le serait également pour les régions redoutant de devenir des déserts ferroviaires.

Représentant la CGT des cheminots au CCE de la SNCF, Jean Riconneau, a estimé que ce projet de la SNCF, « annonce la mort des TET » et des « suppressions d’emplois » en série, « on ne peut l’accepter« . Celui-ci accuse « le gouvernement et la SNCF de se renvoyer les responsabilités » de façon calculée et fait le lien avec la libéralisation des lignes d’autocars nationales prévue par la loi Macron, « une vraie aubaine pour la SNCF et sa filiale d’autocars iDBUS« . « La SNCF trouve 50 millions d’euros pour recapitaliser iDBUS et programme en même temps la mort des TET« , relève-t-il, au moment où l’on annonce la réservation aux bus de voies d’autoroutes (qui sont pourtant déjà très saturées !).

A la suite de la suppression des trains Intercités de Dieppe, et leur remplacement par un « bricolage » à l’aide de TERs, on a pu mesurer les conséquences désastreuses pour les voyageurs, et sur le tourisme en général, que cela provoque (Allongement de la durée du trajet Paris-Dieppe, engorgement des TER dont les voitures ne sont pas adaptée au transport de touristes avec bagages, changement obligatoire en gare de Rouen, etc.). La suppression de la moitié des autres Intercités, et bientôt la disparition, à terme, des derniers serait catastrophique dans un pays qui prétend vouloir faire du Tourisme le cœur de l’activité économique.

Mais — plus sérieusement — on sait que les Intercités sont principalement utilisés par des travailleurs qui rejoignent leur travail, en particulier sur les lignes Le Havre-Rouen-Paris, et Cherbourg-Caen-Paris. Un nombre important d’allers-et-retours serait supprimés sur toutes ces lignes. Des gares de villes moyennes ou plus petites pourraient ne plus être desservies. Supprimer ces trains accroîtrait la galère quotidienne que vivrent les voyageurs-salariés, notamment sur la ligne Le Havre-Paris, et les obligerait, de fait, à quitter leur résidence pour un entassement dans un quartier de banlieue.

D’autre part on sait, à Dieppe, combien est désastreuse pour l’activité économique, la fermeture d’une ligne de chemins-de-fer. Celle — il y a 25 ans — de la Ligne Dieppe-Paris par Serqueux a porté un coup terrible à l’activité économique de la région, en particulier par la condamnation des débouchés pour le port de commerce, alors que la 2×2 voies vers Rouen n’était pas terminée (et ne l’est toujours pas).

Pour la CGT, la rentabilité ne peut pas être le seul horizon de l’État, ni la marge opérationnelle la seule raison d’être de son exploitant, la SNCF. Au moment où les régions palient aux carences de l’État dans la modernisation des infrastructures de chemins de fer — à l’aide de l’impôt local — et s’apprêtent à dynamiser la ligne Caen-Rouen, celui-ci ne peut pas se désintéresser à ce point de l’aménagement du territoire. Il ne peut pas résumer la décentralisation au seul transfert de ses charges et de ses dettes.