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Les ondes de choc d’un Proche-Orient déstabilisé par les guerres

FRANCE-ATTACKS-PARISLa guerre en ajoute toujours à la guerre, avec ses tragédies pour les peuples et ses ondes de choc incalculables.

Retour sur quinze ans qui ont bouleversé le Proche-Orient.

La fin de la « guerre froide », en 1990-1991, s’annonçait explicitement comme l’avènement d’un nouvel ordre international fondé sur le droit. En réalité, quelques années à peine après la fin de la guerre meurtrière de l’Irak contre l’Iran, les troupes de Saddam Hussein ont envahi le riche Koweït voisin. Mais c’est par la guerre, et des milliers et milliers de morts, que la coalition organisée autour des États-Unis a imposé le retour aux frontières internationales. Des États-Unis en réalité en quête d’un rapport de force à l’OPEP (organisation des États exportateurs de pétrole) permettant un accès au pétrole bon marché, et en quête aussi d’un financement par les monarchies dictatoriales du Golfe de leur industrie militaire au nom de leur sécurité régionale.

 

Irak : la grande déstabilisation

Après des années d’embargo contre tout un peuple (et d’échange « pétrole contre nourriture »), et après l’attentat de 2001 contre les tours jumelles de New York, les néoconservateurs américains ont imposé en 2003 une nouvelle guerre contre l’Irak, prétendant en dépit des faits que le régime y développait des armes de destruction massive. 

Pour les néoconservateurs au pouvoir à Washington, il s’agissait de façonner un nouveau « Grand Moyen-Orient ». La France a refusé, alors, d’y participer, rappelant, à l’instar des citoyens mobilisés par centaines de milliers dans des manifestations dans le monde entier, que la démocratie ne s’impose pas par les chars. Et que l’Onu ne peut être contournée par l’armée du plus fort.

 

Le régime dictatorial de Saddam Hussein est tombé, mais encore une fois au prix de milliers et de milliers de vies fauchées, d’un pays et d’une économie détruits, d’un État de facto dépéri, et d’une confessionnalisation instituée. La confessionnalisation en lieu et place du politique s’affirmait. Et les organisations jihadistes ont fait leur nid au cœur de cette tragédie.

 

Abcès de tension en Palestine

Dans le même temps, le peuple palestinien était, lui, laissé à l’occupation militaire et coloniale israélienne et à l’exil forcé, tandis que des négociations, entamées en 1991 sur le fondement du droit international, mais de plus en plus soumises à un tête-à-tête totalement inégal, soumettaient la reconnaissance de ses droits nationaux à l’accord préalable de l’occupant. Une tragédie pour un peuple, un abcès de tension pour toute la région.

 

Dictatures et jihadisme : deux ennemis des peuples

Les soulèvements des peuples du monde arabe les uns après les autres en 2011, pour la justice, la justice sociale, la liberté, la fin des régimes dictatoriaux et prédateurs, la démocratie, se sont heurtés à une répression sans précédent de la part des régimes en place.  Seul le peuple tunisien a réussi à imposer un processus démocratique qui a valu à un quartet d’organisations (dont l’UGTT) le prix Nobel de la paix cette année.

En Égypte, après la chute du régime de Hosni Moubarak, les élections ont porté au pouvoir les Frères musulmans, et l’armée a repris le pouvoir à la faveur d’un coup d’État organisé à l’issue de manifestations populaires contre les orientations du nouveau pouvoir. L’armée, qui se présente de nouveau comme le rempart contre l’intégrisme et le jihadisme, organise une répression qui fait des centaines de morts, à la fois contre les Frères musulmans et contre les démocrates qui condamnent ses atrocités.

 

En Syrie, le régime de Bachar al-Assad a quant à lui répondu aux soulèvements populaires, unitaires, non confessionnels et pacifiques de l’année 2011 par une répression meurtrière à très grande échelle. Militarisation, division, confessionnalisation, internationalisation, ont été ses maîtres mots, et il n’a eu de cesse de transformer le soulèvement populaire en guerre civile. Au point de déplorer plus de 250000 morts aujourdhui et des millions de réfugiés, principalement en Turquie et en Jordanie, mais parmi lesquels plusieurs dizaines de milliers tentent de trouver exil en Europe. La stratégie de Bachar, ses bombardements, portent leurs fruits amers ; et, à l’est du pays, Daech mène une autre guerre de la terreur. Avec un objectif, d’Irak à la Syrie : établir le « califat » sur un vaste territoire. Les populations, et les révolutionnaires et organisations démocratiques marginalisées par la guerre, sont pris en otages dans cette tenaille, entre les bombardements du régime et les crimes de Daech.

 

La guerre ne fait qu’ajouter à la guerre

Comme le soulignent des chercheurs, spécialistes de la Syrie qui s’y rendent régulièrement, comme Jean-Pierre Filiu, jouer le régime contre Daech relève de l’illusion tragique. Seule une solution politique avec de vraies perspectives de paix et de démocratie garanties peut sortir le pays de la guerre. La campagne militaire de la coalition contre les jihadistes s’avère totalement inefficace. Et ses « dégâts collatéraux », meurtriers, ne peuvent que nourrir frustrations et haines. En outre, Daech, présenté comme le seul ennemi, se renforce symboliquement et dans sa guerre de propagande.

 

C’est pourtant ce que fait la coalition, tandis que les forces russes aident explicitement le régime de Bachar al Assad, au nom de la lutte contre le jihadisme, lequel est aussi aux portes de la Russie, et pour protéger l’accès de Moscou aux hydrocarbures. La France, elle, qui condamne et le régime et Daech, s’est pourtant engagée dans la guerre. Après la Libye, puis le Mali, elle participe depuis plus de deux ans à la coalition anti-État islamique en Irak et a commencé à mener des frappes sur la Syrie en octobre.

 

Quant à Bachar al-Assad, il n’a pas hésité, samedi, à dire que la France a sa part de responsabilité dans les attentats. Les résistants au régime et à Daech réclament en réalité l’instauration de zones protégées, d’interdiction aérienne, avec neutralisation des bombardements.  Ce qui n’a rien à voir avec le fait d’ajouter la guerre à la guerre, sans aucune perspective. Une réunion multilatérale vient d’avoir lieu le 30 octobre à Vienne sur la Syrie. Pour une étape de transition, qui tarde à venir.